C’est une première dans l’histoire de l’astronomie : une équipe menée par l’université Harvard a confirmé la présence d’une atmosphère autour d’une exoplanète rocheuse située en zone habitable. La planète, baptisée LHS 1140 b, orbite autour d’une petite étoile à environ 48 années-lumière de la Terre, dans la constellation de la Baleine. Les résultats, publiés le 17 juillet 2026 dans la revue Science, apportent une réponse à une question qui divisait les chercheurs depuis des années : les planètes rocheuses des naines rouges peuvent-elles conserver de l’air ?
Une super-Terre qui garde son air depuis des milliards d’années
LHS 1140 b n’est pas une jumelle de la Terre, mais une super-Terre : sa masse atteint environ 5,6 fois celle de notre planète, pour un rayon 1,7 fois supérieur. Elle tourne autour d’une naine rouge cinq fois plus petite que le Soleil et reçoit environ 42 % de l’énergie que la Terre reçoit de notre étoile — de quoi la placer dans la zone habitable, cette région où l’eau liquide peut en théorie exister en surface.
Le point le plus remarquable n’est pas seulement la détection elle-même, mais la durée : d’après les calculs de l’équipe, cette enveloppe gazeuse résiste depuis plus de trois milliards d’années aux rayonnements de son étoile. Une longévité qui change la donne, car les naines rouges sont réputées pour leurs éruptions violentes, capables d’arracher l’atmosphère des planètes trop proches.
Comment « voir » de l’air à 48 années-lumière ?
La détection n’a pas été réalisée par un télescope spatial, mais depuis le sol, grâce au spectrographe WINERED installé à l’observatoire de Las Campanas, dans le désert d’Atacama au Chili. Les chercheurs Collin Cherubim et Robin Wordsworth ont traqué une signature très particulière : de l’hélium en train de s’échapper de la haute atmosphère de la planète.
Le mécanisme est spectaculaire. Les rayons X et l’ultraviolet extrême de l’étoile — LHS 1140 b en reçoit entre 2,7 et 16 fois plus que la Terre — chauffent le sommet de l’atmosphère à plus de 4 700 °C. Le gaz surchauffé s’écoule alors vers l’espace comme un fluide, à raison de plusieurs centaines de milliers de kilogrammes par seconde. C’est précisément cette fuite qui a trahi la présence de l’atmosphère : pour perdre de l’air, encore faut-il en avoir.
Ce que cette découverte change concrètement
Au-delà de la prouesse technique, ce résultat rebat les cartes de la recherche de mondes habitables sur plusieurs plans :
- Les naines rouges redeviennent des cibles crédibles. Ces étoiles représentent environ 70 % des étoiles de notre galaxie. Démontrer qu’une planète rocheuse peut y conserver son atmosphère élargit considérablement le terrain de chasse.
- Une nouvelle méthode validée. Repérer l’hélium qui s’échappe s’avère un moyen efficace de confirmer une atmosphère depuis le sol, sans mobiliser uniquement les télescopes spatiaux, très demandés.
- Un cap pour les prochaines observations. LHS 1140 b devient une cible prioritaire pour analyser la composition complète de son enveloppe gazeuse et y chercher, à terme, d’éventuelles molécules d’intérêt biologique.
Il faut toutefois rester prudent : une atmosphère ne signifie pas une planète habitée, ni même habitable au sens strict. Les chercheurs ignorent encore la composition exacte des couches profondes de cette enveloppe et les conditions qui règnent à la surface. La suite se jouera dans les mois à venir, avec de nouvelles campagnes d’observation déjà envisagées — un dossier que nous suivrons dans notre rubrique Science, aux côtés de l’actualité des télescopes dans Tech / Net et des grandes questions d’environnement cosmique traitées dans Planète.
Questions fréquentes
Où se trouve l’exoplanète LHS 1140 b ?
Elle se situe à environ 48 années-lumière de la Terre, dans la constellation de la Baleine. Elle orbite autour d’une naine rouge dont la masse et la taille représentent environ un cinquième de celles du Soleil.
Pourquoi cette détection est-elle une première ?
Des atmosphères avaient déjà été observées autour de planètes géantes gazeuses ou de mondes rocheux brûlants, mais jamais de façon confirmée autour d’une planète rocheuse située dans la zone habitable de son étoile. C’est cette combinaison qui rend le résultat historique.
Cela veut-il dire qu’il y a de la vie sur LHS 1140 b ?
Non. La détection porte sur de l’hélium qui s’échappe de la haute atmosphère, pas sur des traces de vie. Elle montre simplement que la planète possède une enveloppe gazeuse durable, condition nécessaire — mais pas suffisante — à l’habitabilité.











