Un os de dinosaure vieux de 115 millions d’années, découvert dans le nord-est du Brésil, vient de livrer ce que des paléontologues décrivent comme une première mondiale : la présence de cellules sanguines fossilisées et minéralisées, accompagnées de traces chimiques d’hème, la molécule qui permet au sang de transporter l’oxygène. L’étude, publiée début novembre dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) et menée par une équipe emmenée par l’université Curtin, en Australie, repousse de plusieurs dizaines de millions d’années la plus ancienne preuve chimique de ce type.
L’os examiné appartient à Aratasaurus museunacionali, un théropode qui vivait dans l’actuel Brésil au Crétacé inférieur. Jusqu’ici, les traces les plus anciennes de cellules sanguines fossiles ne remontaient qu’à environ 80 millions d’années. Avec ce nouveau fossile, les chercheurs affirment avoir identifié non seulement la forme caractéristique des globules rouges minéralisés, mais aussi, pour la première fois, la signature chimique précise de l’hème B à l’intérieur même de ces structures.
Comment un fossile a pu conserver du sang
Selon les auteurs de l’étude, l’animal aurait été enseveli très rapidement dans un sédiment pauvre en oxygène, ce qui aurait ralenti sa décomposition. Un minéral à base de manganèse, la hausmannite, se serait alors formé autour des cellules sanguines et aurait contribué à les stabiliser avant qu’elles ne se minéralisent complètement au fil des millions d’années. Ce mécanisme de préservation, encore mal compris, pourrait expliquer pourquoi certains fossiles conservent des traces moléculaires que l’on croyait impossibles à retrouver après un temps aussi long.
- Fossile étudié : un os de membre d’Aratasaurus museunacionali, théropode du Crétacé inférieur
- Âge estimé : 115 millions d’années, contre 80 millions d’années pour le précédent record
- Éléments identifiés : cellules minéralisées de forme compatible avec des globules rouges, et traces chimiques d’hème B
- Minéral stabilisateur proposé : la hausmannite, un oxyde de manganèse
Une découverte qui ne convainc pas tout le monde
Si la publication dans PNAS constitue une étape importante, la communauté scientifique reste partagée. Mary Schweitzer, chercheuse américaine qui a longtemps travaillé sur les tissus mous fossiles, estime que les structures observées ne répondent pas encore pleinement aux critères habituels permettant d’affirmer sans doute possible qu’il s’agit bien de globules rouges. La taille et la forme des éléments retrouvés devraient, selon elle, être comparées plus finement à celles des cellules sanguines des oiseaux et reptiles actuels, descendants directs des dinosaures. Cette prudence rappelle une règle essentielle en paléontologie moléculaire : une structure qui ressemble à une cellule sanguine au microscope ne l’est pas forcément, et seule l’analyse chimique permet de trancher.
Pour la suite, l’équipe de Curtin annonce vouloir appliquer la même méthode d’analyse à d’autres fossiles issus de gisements similaires, afin de déterminer si ce type de préservation est un accident rarissime ou un phénomène plus répandu qu’on ne le pensait. Si d’autres équipes confirment des résultats comparables sur d’autres spécimens, cela ouvrirait une nouvelle piste pour étudier la biologie des dinosaures bien au-delà de leurs seuls ossements.
Cette question du degré de préservation des molécules anciennes rejoint d’autres travaux récents sur le vieillissement biologique et la génétique, comme le montrent les deux études sur les cellules zombies et le vieillissement ou la récente étude génétique sur la longévité des chiens de grande taille, qui montrent à quel point l’étude fine des cellules permet de reconstituer des histoires biologiques sur de très longues échelles de temps. Dans un autre registre, une étude allemande avait déjà surpris la communauté scientifique en révélant que les papillons de nuit peuvent sentir avec leurs ailes, preuve que les surprises biologiques ne se limitent pas aux espèces disparues.
Questions fréquentes
S’agit-il vraiment de sang de dinosaure ?
Les chercheurs ont identifié des cellules minéralisées de forme compatible avec des globules rouges et des traces chimiques d’hème, la molécule du sang. Il ne s’agit pas de sang liquide conservé, mais de structures et de molécules fossilisées depuis 115 millions d’années.
Pourquoi cette découverte est-elle considérée comme une première ?
Parce qu’elle combine, pour la première fois sur un fossile aussi ancien, l’observation de structures cellulaires et leur confirmation chimique précise par la détection d’hème B, et parce qu’elle recule de 35 millions d’années la preuve la plus ancienne de ce type.
Pourquoi certains scientifiques restent prudents ?
Des spécialistes des tissus mous fossiles, comme Mary Schweitzer, estiment que la taille et la forme des structures doivent encore être comparées plus rigoureusement à celles des cellules sanguines des espèces actuelles avant de conclure définitivement.
Sources
Cet article a été rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle. Politique éditoriale











